Mes voisins les Yamada – Analyse

Nicolas 27 juillet 2016 0
Mes voisins les Yamada – Analyse

Isao Takahata change son style de réalisation et nous présente Mes voisins les Yamada en 1999. Humour et légèreté sont présents dans ce long métrage.

Synopsis

Découvrons, à travers les yeux de Nonko, la petite dernière : Matsuko la maman, Takashi le papa, Noboru le fils ainé, Shige la grand-mère maternelle et Pochi, le chien. La famille Yamada est composée de personnages caricaturaux de la société japonaise et le film nous présente plusieurs courts-métrages basés sur leur vie quotidienne. Des Haïku, petits poèmes japonais, séparent les histoires.

Mes voisins les Yamada : conception et réalisation

Mes voisins les Yamada (ホーホケキョ となりの山田くん, Hōhokekyo Tonari no Yamada-kun ) est adapté d’un manga réalisé par Hisaichi Ishii de 1991 à 1993. Notons également qu’à l’inverse de Hayao Miyazaki, Isao Takhata ne dessine aucune planche lors de la réalisation de ses œuvres. Le film change totalement de ce que l’on peut voir auparavant au sein du studio Ghibli, je pense à Pompoko et, bien évidemment, au Tombeau des Lucioles. Par ces graphismes, Takahata a voulu à la fois respecter l’œuvre originelle en retranscrivant un style similaire et à la fois créer une rupture avec l’animation que l’on connaît depuis plusieurs années. Ce style particulier sans fioriture permet aux personnages d’arborer une multitude d’expressions incroyablement réalistes, ce qui permet au public de visualiser parfaitement l’émotion d’un personnage. Lors du passage avec les voyous, le coup de crayon s’affirme et les traits des personnages deviennent moins caricaturaux, plus réalistes, comme dans un film de malfrats, jusqu’à l’apparition de Shige et de Matsuko qui marque le retour au style de départ afin d’établir la morale de la scénette. De plus, je trouve que les musiques s’accordent particulièrement au moment où elles apparaissent dans le film, aucune fausse note, un accompagnement musical qui nous amène au cœur de l’histoire.

A la découverte de la famille japonaise

Le réalisateur a tenu à nous montrer le quotidien d’une famille japonaise tout ce qu’il y a de plus banale. A travers des scénettes de la vie courante, chacun des personnages est caricaturé et cela donne naissance à des situations parfois tristes, parfois hilarantes. De ce fait, les Japonais peuvent s’identifier très facilement à cette mise en scène mais, pour les occidentaux, la différence de mœurs se ressent et il sera plus difficile de se mettre à la place des protagonistes. Par exemple, chez nous, il est plutôt rare de voir trois générations cohabiter sous le même toit. De même, les rôles spécifiques de la société japonaise sont utilisés. Matsuko est une mère au foyer, à ce titre, elle devrait s’occuper du ménage, du bien être de sa famille et de la nourriture mais, en réalité, on s’aperçoit très vite qu’elle sature et qu’elle se laisse dépasser par les événements. Takashi est un salaryman que l’on peut traduire par « employé de bureau », il fait beaucoup d’heures et passe énormément de temps en travail sans compter les sorties au restaurant pour boire et « décompresser » appelées nomikai, celles-ci sont obligatoires. Et finalement, Noboru doit surmonter ses difficultés à l’école, sans doute dues à l’énorme pression du système scolaire japonais. Mais attention, bien que tout cela soit éloigné de notre vision de la vie en général, le film reprend énormément d’aspects qui permettront aux européens de s’identifier. Les tracas de la vie quotidienne sont similaires et, même si ce ne sont pas exactement les même, aucun doute que vous deviendrez nostalgique lors de certaines histoires ou que vous rirez en vous rappelant d’une anecdote proche de celle que vous visualisez à l’écran. Takahata nous montre que la famille est un rassemblement d’individus aux potentiels différents, ce qui permet d’avoir des points de vue et des compétences variées afin de réussir à traverser les événements que nous apporte la vie. Grâce à ce film, vous verrez toutes les épreuves que doit traverser une famille japonaise, cela vous permettra d’avoir une nouvelle vision sur ce peuple et son mode de vie. De plus, la morale de la fin de l’histoire est pleine de bon sens : il faut savoir accepter les erreurs de l’autre afin d’avancer dans la vie et accéder au bonheur.
Néanmoins le film a connu un succès très mitigé à l’étranger. D’une part il est sorti en même temps que le premier film Pokemon et que Star Wars : La menace fantôme et d’autres parts, les gérants de cinéma n’ont pas cru à son potentiel scénaristique vis-à-vis d’un public non japonais.

Contes et Légendes

Takahata a introduit quelques références aux folklores japonais tout au long de son film, comme Miyazaki dans le Voyage de Chihiro. Au début de l’aventure, on retrouve les deux jeunes mariés au creux de la célèbre vague d’Hokusai présenté dans les 36 vues du Mont Fuji. Il s’agit d’une œuvre majeure et cette représentation est connue de tous. Mais ce n’est pas tout, deux autres contes ont le droit à un clin d’œil lors de la naissance des enfants de la famille. En premier, on s’aperçoit que comme dans la légende de Momotarô, Noboru est sorti d’une pêche géante qui dérivait sur une rivière. En second, Nonoko a été trouvée à l’intérieur d’un bambou, à ce moment, le réalisateur évoque la princesse Kaguya. Plus tard, Isao Takahata transcrira cette légende en un film particulièrement réussi nommé « Le Conte de la princesse Kaguya » qui proposera, à l’instar de Mes voisins les Yamada, un renouveau graphique par rapport aux traditionnels films d’animation.

Une vision partagée

En me renseignant sur ce film, j’ai effectué plusieurs lectures à droite et à gauche et certains avis différent avec ma conception de l’histoire. Particulièrement la partie concernant le mariage des parents. Il s’agit du moment où l’on voit Matsuko et Takashi commencer leur vie sur un bobsleigh, un bateau, puis une barque et finalement un escargot. Certains pensent que le moyen de locomotion est de plus en plus ridicule et lent, qu’il s’agit du temps qui passe, la vie devenant de moins en moins intéressante. A l’inverse, je pense qu’il est préférable de voir la situation autrement. Au départ, la vie défile à toute vitesse, on se rencontre, on se marie, les années passent et on ne se rend compte de rien. Puis, petit à petit, la famille se créée, les enfants apparaissent et à ce moment-là, on sent que l’on peut ralentir, se poser calmement et profiter de la vie, ce qui expliqueraient les moyens de locomotions différents. Et vous, de quelle manière l’avez-vous ressenti ?
D’ailleurs, pour choisir mon passage préféré, je serais bien embêté entre cette scène et la bataille pour changer, ou non, de chaîne de télévision. Ce combat sous forme de danse est hilarant et m’a agréablement surpris.

Mes voisins les Yamada est un film particulier qui tranche beaucoup avec ce que l’on a l’habitude de regarder. J’ai passé un très agréable moment même si, au départ, j’ai eu du mal à m’immerger dans le film. Il est captivant de voir les passages clefs de la vie d’une famille, même si parfois cela est triste. Et vous, ce film vous a-t-il passionné ?

Leave A Response »