Le tombeau des lucioles – Analyse

Nicolas 24 août 2016 0
Le tombeau des lucioles – Analyse

Le Tombeau des Lucioles  est un film du studio Ghibli paru en 1988. Isao Takahata nous emmène dans un univers déprimant et triste couplé à une histoire poignante.

Synopsis

Nous sommes en été 1945, la seconde guerre mondiale fait rage. Seita, 14 ans, et Setsuko, 4 ans, se retrouvent livrés à eux même suite au décès de leur mère. Ils trouveront refuge chez leur tante qui, petit à petit, les considèrera de moins en moins. Les deux jeunes enfants se sentant indésirables quittent la maison et doivent survivre dans un monde impitoyable.

Le tombeau des lucioles : entre illusion et réalité

Le Tombeau des Lucioles ( Hotaru no haka /火垂るの墓 ) est basé sur un livre écrit par le défunt Akiyuki Nosaka. Il s’agit d’un roman semi-autobiographique nommé « La tombe des Lucioles ». Cet ouvrage a permis à Isao Takahata d’en réaliser une adaptation cinématographique aussi émouvante que poignante.
Le film alterne avec brio des scènes atroces de la guerre où des gens périssent et des passages fabuleux qui nous font rêver. Néanmoins, on se rend malheureusement compte que chaque moment de bonheur précède un moment atroce. Par exemple, quand Setsuko contemple le magnifique ballet des lucioles, son frère s’aperçoit le lendemain qu’elle a compris que leur mère était morte.
Dans un autre article, je vous parlais des contes de Terremer qui se basaient sur le thème de la mort sans évoquer le bonheur à côté, ici, c’est l’inverse et c’est ce qui rend ce film si touchant. Nous avons une alternance entre la mort et la vie en permanence. A cela s’ajoute un développement des personnages tellement bien conçu que l’on s’attache directement à ceux-ci, ce qui entraîne des émotions fortes à chaque étape de leur descente aux enfers. D’ailleurs, dès le début du film, alors même que nous ne connaissons pas les personnages, nous savons qu’aucun des deux n’y réchappera. En effet, le corps de Seita est retrouvé, agonisant et son esprit ainsi que celui de sa sœur sont quelques mètres plus loin, regardant la scène morbide. On revoit d’ailleurs plusieurs fois cette mise en abyme lorsque Seita et Setsuko tels des fantômes apparaissent dans des scènes de leur passé. Cette mise en scène est particulière et dénote totalement avec ce que le studio Ghibli nous propose d’habitude, pourtant, Isao Takahata a réalisé ce film d’une main de maître et il nous emporte avec lui dans ce monde en guerre.

Une succession de mauvais choix

De mauvaises décisions sont régulièrement prises par Seita, tout au long du film. Lorsque les deux jeunes enfants quittent leur tante c’est le début de la pente glissante qui les conduira à leur funeste destin. Ne comprenant pas les motivations de sa tante et se sentant blessé par ses paroles envers sa sœur et lui, Seita prend la décision de déménager dans un taudis. Petit à petit, le jeune garçon se rend compte qu’il leur faudra des habits, de la nourriture et d’autres produits de premières nécessités, il part demander à d’autres personnes de lui en vendre. A ce moment-là, les personnes rencontrées ne le remettent pas sur le droit chemin. Le paysan leur dit de rentrer en s’excusant mais il n’est pas plus impliqué que cela et ne raisonnera pas le jeune homme. Ensuite le policier, il a l’air de comprendre ce qu’il se trame mais bien que gentil et compréhensif, il n’usera pas de son autorité pour faire rentrer les enfants chez eux, c’est le deuxième adulte après leur tante qui avait réellement le pouvoir de les sauver. Au final, le médecin lui dira une dernière fois quoi faire afin de sauver Setsuko mais, encore une fois, il tarde à s’exécuter et l’irréversible se produit. Quand, enfin, il agit, la petite n’a plus la force de manger, il est déjà trop tard.
La fierté d’un jeune homme de 14 ans a été plus puissante que la raison. A aucun moment Seita ne cherche pas à revenir chez sa tante, il n’écoute pas les autres préférant voler plutôt que d’admettre qu’il a besoin d’aide.
Par ailleurs, la tante des deux enfants peut être considérée comme fautive mais il serait trop simple de lui remettre la faute sur elle uniquement. En effet, elle se permet des remarques fortement désagréables et pourrait proposer des travaux à Seita en échange d’une nourriture consistante. Elle est également très imbue d’elle-même et plutôt égoïste mais elle n’a pas tout à fait tort à certains moments. En temps de guerre, chacun doit participer selon ses moyens, on ne peut pas se permettre de gaspiller des ressources, il aurait été normal de trouver une occupation utile ou tout du moins, d’en chercher une. Par ailleurs, elle les regarde partir, on voit des remords mais elle ne cherche pas à les retenir, ce qui la met en faute en tant qu’adulte responsable. Elle qui reproche le manque de maturité au jeune garçon, elle n’est guère mieux lotie.
L’immaturité de Seita a provoqué la mort de sa sœur et la sienne mais rien de cela ne serait arrivé si la guerre n’avait pas été présente. A travers ce film, Isao Takahata fait également une critique acerbe de la guerre et de tout ce qu’il s’y passe. Hayao Miyazaki en avait déjà parlé mais plus brièvement dans Porco Rosso ou encore le château ambulant.
Afin de ne pas heurter totalement le public, la mort de Seita est mise en scène au début du film et, Takahata préfère nous montrer une image joyeuse à la fin. Les deux âmes des héros sont réunies, contemplant la ville nocturne lors d’un envol de lucioles. La fin étant pénible, il fallait absolument redonner un peu de rêve et de gaieté.

Informations diverses

Chaque année le film passe à la tv japonaise lors de la commémoration de la guerre. C’est une tradition.
Un film live, classé dans la catégorie des drama, est sorti en novembre 2005 en hommage au 60ème anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale.
Les bonbons de Setsuko sont achetables, néanmoins maintenant vous ne verrez normalement que ceux ayant une image du film sur la boite avec la jeune fille. Les boites originales ne sont plus (ou presque plus) fabriquées.

Le tombeau des lucioles est l’un de mes ghibli préféré. Bien que très dur à regarder, la poésie développée par Isao Takahata fait mouche et surpasse l’horreur de l’histoire principale. C’est un film que je vous conseille absolument de voir mais il ne convient absolument pas aux tout petits.

Leave A Response »