Mon voisin Totoro – Analyse

Nicolas 26 octobre 2016 0
Mon voisin Totoro – Analyse

Mon voisin Totoro est un des films les plus appréciés du studio Ghibli. Sorti en 1988 et réalisé par Hayao Miyazaki, il nous emporte dans un univers mélangeant nature et fantastique.

Synopsis

La maman de Mei et Satsuki est atteinte de la tuberculose et est soignée dans un hôpital situé à la campagne. Afin de se rapprocher de celle-ci, toute la famille déménage dans un havre de paix loin de la ville et de sa pollution. A cette occasion, les deux jeunes filles vont rencontrer les esprits de la forêt : les Totoro, ceux-ci sont les protecteurs de la nature.

Mon voisin Totoro : un démarrage difficile

Il faut savoir que Mon voisin Totoro aurait pu ne pas voir le jour. Hayao Miyazaki s’est vu refuser son projet au début des années 1980. Puis, l’idée ayant grandie, il se décide à la remettre sur le tapis avec un argument de poids : faire une sortie simultanée avec le tombeau des lucioles. Cela permettra aux au public de japonais et particulièrement aux jeunes provenant des établissements scolaires de se divertir après un film plutôt historique et tragique. Finalement, coup de théâtre, les deux films seront des succès, mon voisin Totoro reçoit le prix Noburo Ofuji ainsi que celui du Mainichi du meilleur film. Totoro deviendra même l’emblème du studio Ghibli.

Une vision du monde différente

Les esprits de la forêt ainsi que les noiraudes ne sont pas visibles pour tout le monde. Au début du film, on pense tous que Mei rêve de ces êtres imaginaires mais déjà à ce moment, un indice nous met sur la bonne voie, la mamie, voisine des fillettes, nous explique qu’elle voyait également les noiraudes lorsqu’elle était jeune mais qu’actuellement elle ne peut plus. Ensuite, c’est au tour de Satsuki de rencontrer Totoro et, cette fois, nous sommes sur et certains que seuls les enfants peuvent le voir. A l’inverse, les adultes ne sont plus capables de percevoir le protecteur de la forêt ainsi que le chat-bus mais comme ils récupèrent l’épi de maïs à l’hôpital, cela prouve une nouvelle fois l’existence de Totoro. Par contre, il est étonnant que Kanda ne les voit pas et rien ne l’explique, pourtant il a l’âge de Satsuki et ne semble pas particulièrement mûr pour son âge. Au final, surnaturel et sens commun se mélangent tout au long du film avec tantôt la vision des fillettes, tantôt la vision des adultes. On peut apprécier le fait que Miyazaki n’idéalise pas les fillettes, et en particulier la plus âgée qui vont même jusqu’à pleurer car elles s’inquiètent pour leur mère et, également, de ne pas trop en faire avec le côté surnaturel de la forêt.

La religion au cœur du scénario

Mon voisin Totoro est à la fois un film très simple à regarder et malgré tout incroyablement complexe du fait des nombreuses références peu connues en occident. En effet, le bouddhisme, provenant de Chine, et le shintoïsme, provenant du Japon, font partie intégrante du film et sont l’essence même du film. Il faut également savoir qu’au Japon, ces deux religions coexistent depuis longtemps.

  • Le bouddhisme est symbolisé principalement dans le film par la statue de Jizo que l’on aperçoit lorsque Mei et Satsuki s’arrêtent devant son autel à cause de la pluie qui tombe sans discontinuer. Cette statuette de Jizo, présente en 6 exemplaires à un autre moment du film, représente un dieu protecteur des enfants malades et qui accompagne les âmes des enfants décédés avant leur parent. Il est souvent habillé d’un bonnet rouge ou d’une bavette de la même couleur car au Japon, les bébés sont nommés « akachan » et « aka » ici signifie rouge.
  • Le shintoïsme quant à lui est beaucoup plus représeté dans ce film. Tout d’abord le protecteur du village est symbolisé par un énorme camphrier entouré d’une corde sacrée appelée « shimenawa », ce qui coïncide avec la présence de Totoro qui est censé être le gardien de la forêt. De plus, on aperçoit des tori, les « portes » rouges qui permettent d’accéder à un lieu de culte ou, encore, une représentation sous forme de statue d’un renard, symbole du dieu Inari.

De même, le chat-bus serait en réalité un yokai, comme ceux que l’on aperçoit dans Pompoko. Une légende raconte qu’un chat pourrait posséder des pouvoirs surnaturels dont celui de se transformer. Ce yokai est particulièrement amusant car il a décidé de devenir un bus pour notre plus grand plaisir.
Hayao Miyazaki a donc décidé d’instaurer une dimension religieuse à son œuvre, ce qui permettrait peut-être de rajouter de la profondeur au film et au message qu’il veut délivrer.

Une histoire possiblement sordide

Une hypothèse démentie par Miyazaki, comme souvent d’ailleurs avec le réalisateur qui ne déclare jamais réellement les tenants et les aboutissants de ses films, consiste à considérer Totoro et tous les personnages fabuleux comme des shinigami. Le principe serait enfantin, comme les deux fillettes peuvent voir les Totoro cela signifie qu’elles sont proches de la mort. D’ailleurs cela coïncide également avec les statuettes de Jizo présentent aux moments clefs de l’oeuvre. A la fin du film, les soeurs montent dans le chat-bus, il est possible que cela corresponde au passage vers l’au-delà. Certains ont même mis ce film en parallèle avec une affaire de meurtres et d’enlèvements sordides qui s’est déroulée 20 ans avant au Japon car il existe plusieurs similitudes centre celle-ci et ce long métrage. Néanmoins, comme je l’ai écrit au début de ce paragraphe, cette hypothèse n’est pas acceptée par l’auteur, mais les coïncidences entre le film et l’affaire sont plutôt nombreuses et cela méritait d’être mentionné.

Références et hommages

Mon voisin Totoro a vraiment été un film apprécié dans le monde. A ce titre, différentes références sont disséminées dans un nombre importants d’autres longs et courts métrages. Des œuvres du studio Ghibli se permettent des clins d’œil comme Le voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki avec les Noiraude, Pompoko de Isao Tahakata durant la parade des tanuki ou bien encore Si tu tends l’oreille et Kiki la petite sorcière ! Cela ne s’arrête pas seulement au studio Ghibli, Toy story 3 accueille une peluche Totoro qui rencontre Woodie, les Simpsons ont transformé Oto le chauffeur de bus en chat-bus. Une référence à l’intérieur du film lui même envers Alice au pays des merveilles existe également, le chat-bus est particulièrement ressemblant au chat du Cheshire par son sourire, sa disparition soudaine et ses rayures.
Comme dans Le vent se lève, Hayao Miyazaki rend hommage à sa maman, atteinte de la tuberculose.
Au final, Totoro est un phénomène d’une ampleur incommensurable et est probablement le film le plus connu du studio Ghibli.

Ce que je pense de Totoro

Mon voisin Totoro a longtemps été un film que je trouvais médiocre. Je l’avais vu il y a un certains temps déjà et n’avais pas compris toute la portée du film. A l’époque, je ne comprenais pas les références décrites ci-dessus ainsi que le message de son réalisateur. Il ne faut pas oublier que Hayao Miyazaki est un fervent défenseur de la nature et que la forêt qui sert de support pour ce film existe réellement. Il s’agit de Fuchi no mori et, chaque année, Miyazaki participe à son nettoyage avec une association. Il ira même jusqu’à donner 300 millions de yens pour la préserver et participer à la sauvegarde de cet havre de paix.
Actuellement, ce film ne fait toujours pas partie de mes préférés, j’ai beaucoup de mal à adhérer aux personnages, je n’arrive pas à m’attacher à ceux-ci à part Satsuki. Néanmoins grâce à la musique de Joe Hisaishi, l’immersion dans l’histoire est parfaite.
Je sais que pour beaucoup d’entre vous, il s’agit du meilleur film du studio Ghibli, n’hésitez pas à m’expliquer pourquoi ça l’est ou si, à l’inverse, vous avez le même avis que moi.
Si vous aimez vraiment cette ambiance, sachez qu’il existe un café Totoro à quelques minutes de Setagaya-Daita.

Mon voisin Totoro est un film qui plaira forcément aux plus petits, c’est une certitude. Pour les adultes, la majorité l’adore mais, personnellement, il ne fait pas partie de mon top 3 des films d’animation que je recommande.

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