La colline aux coquelicots – Analyse

Nicolas 22 septembre 2016 0
La colline aux coquelicots – Analyse

La colline aux coquelicots est une œuvre de Goro Miyazaki sortie en 2011. L’histoire est agréable et permet au fils Miyazaki de se racheter après son précédent échec.

Synopsis

Umi est une jeune lycéenne s’occupant d’une pension pour subvenir aux besoin de sa famille. Elle vit avec sa grand-mère, sa petite sœur et son petit frère ainsi que d’autres pensionnaires. Dans son lycée, le débat fait rage, faut-il détruire le passé au profit de nouvelles infrastructures ? C’est dans ce contexte qu’elle fait la rencontre d’un jeune garçon prometteur, Shun, et, ensemble, ils vont tout faire pour protéger le foyer du quartier latin à l’aide d’une gazette. Mais ils ne sont pas au bout de leur surprise, un secret va les rapprocher encore plus.

La colline aux coquelicots : Un contexte historique appréciable

En comparaison avec son précédent film, Les contes de Terremer, Goro Miyazaki s’est largement amélioré. L’histoire est basée d’après une œuvre existante, il s’agit d’un manga et non d’un livre cette fois-ci. Ce manga s’appelle également La colline aux coquelicots ( Kokuriko zaka kara – コクリコ坂から ) et est dessiné par Chizuru Yakahashi d’après un scénario de Tetsurô Sayama.
J’ai particulièrement apprécié le contexte historique dans lequel cette oeuvre nous emmène. Le film se déroule à Yokohama en 1963, à cette époque, il s’agit encore d’une petite bourgade traditionnelle où la modernité n’est que fébrile. A ce moment-là, on comprend que Shun et Umi sont des enfants nées juste après la seconde guerre mondiale ce qui nous permet de découvrir la vie japonaise de l’époque. La  scission de la société étant très nette pendant l’après guerre japonais, cela se répercute sur le déroulement du film. D’un côté, Umi est réservée, elle s’occupe au quotidien du foyer comme une femme de l’époque avec par exemple, la préparation des repas, le ménage et la gestion de la pension. Même constat pour Shun, il est à la fois attaché aux valeurs du passé mais veut également progresser tout en étant très vindicatif, les années suivant la guerre sont souvent le signe d’un renouveau économique alliant revendication et protection des acquis. De l’autre côté, Sora, la petite sœur de Umi, présente une cassure très nette avec la société de l’époque. Elle va directement vers les garçons et permet à tous de se mélanger, ses pensées sont beaucoup plus novatrices que les autres jeunes filles du lycée.
Au final, même les parents de Umi et Sora étaient déjà en avance sur leur temps. Bien décidé à vivre ensemble, ils se sont enfuis pour éviter de subir le courroux des parents de la jeune femme qui ne voulaient pas de cette union entre deux classes sociales bien trop différentes. D’ailleurs au fur et à mesure de l’avancée du film, on se rend compte que Umi suit également cette voie, elle évolue petit à petit et son histoire d’amour avec Shun ressemble à celle de ses parents.

Conserver le passé ou se projeter vers l’avenir ?

Le film se déroulant après la guerre et les deux bombes atomiques, dans ce contexte, il est évident que certains bâtiments sont à reconstruire mais dont-on pour autant tout raser pour établir une nouvelle société ? Le studio Ghibli nous amène à nous poser cette question, l’histoire du film est basée sur la destruction du foyer du quartier latin, ancienne maison pleine de charme malgré son état déplorable. Personnellement, lorsque l’on rentre dans cette bâtisse pour la première fois dans le film, je l’ai trouvé magnifique et j’ai tout de suite pensé à ce qu’elle était dans le passé ou, du moins, à comment elle aurait pu être. Le Japon regorge de merveilleuses structures avec chacune sa propre histoire. On peut également faire un parallèle avec les Jeux Olympiques de 2020 à Tokyo, le marché aux poissons de Tsukiji sera déplacé dans une zone excentrée afin de pouvoir accueillir les infrastructures des jeux. Nous perdrons une partie de l’identité du quartier pour un amusement de quelques semaines.
Au final, la question est toujours d’actualité au Japon, à l’heure où bon nombre d’anciennes bâtisses sont rasées au profit d’énormes immeubles disgracieux. Devons-nous abandonner les souvenirs de nos ancêtres afin de laisser place à une nouvelle civilisation ?
Personnellement, je ne me lasse pas de contempler ces anciennes demeures majestueuses et c’est une des particularités du Japon que je préfère, et vous ?

Un réalisateur qui s’affirme

Malgré les très bons éléments du film évoqués plus haut, quelques points sont néanmoins à améliorer pour espérer rattraper les œuvres mythiques du studio Ghibli telles que Le Voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki ou Le Tombeau des Lucioles de Isao Takahata. Par exemple, les personnages ne sont pas assez expressifs, en comparaison avec Mes voisins les Yamada ou encore Le conte de la princesse Kaguya, on se rend assez vite compte que la qualité des visages est moindre et cela à pour effet de freiner l’immersion du spectateur. De même, les musiques pourraient peut être diminuer sur le plan quantitatif mais s’améliorer sur le plan qualitatif, bien que je les ai appréciées, il manque peut être une chanson phare qui nous resterait à l’esprit.
L’auteur a également l’air d’être moins engagé dans les luttes actuelles, c’est peut être cette satyre de la société et les niveaux de lectures différents qui permettent à une oeuvre de s’élever parmi les succès.
Ce ne sont que des détails mais ce sont ceux-ci qui contribuent à la création d’un chef d’oeuvre, espérons que cela soit corrigé à l’avenir.

La colline aux coquelicots est vraiment un film que j’ai apprécié même s’il n’a rien d’extraordinaire tant au niveau de sa réalisation que des musiques. Néanmoins, sa simplicité et l’environnement du film ont réussi à me captiver tout au long de l’histoire. Je vous recommande de le regarder, ne serait-ce que pour contempler les rues japonaises de l’époque, ce qui fait de le charme traditionnel du pays.

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